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Aéroports : Orly (ORY) , Charles De Gaulle (CDG)

 

CARTE D'IDENTITE DE L'ILE DE FRANCE

Informations générales, histoire, géographie, économie, art et activités



 

Carte d'identité

Seine-et-Marne

Superficie

5 916 km2

Point culminant

butte St-Georges, à Rebais (215 m).

Chef-lieu

Melun. 3 arrondissements. 37 cantons. 514 communes.

Population

1 078 166 hab. (recensement 1990)

Histoire

Le département actuel comprend des lieux de peuplement extrêmement anciens, avec en particulier deux sites préhistoriques : Chelles, qui a donné son nom à une époque du paléolithique, et Pincevent, site magdalénien découvert en 1964. A l'époque celtique, ce territoire était divisé entre Parisii et Senones au sud, Meldes au nord, et cette limite subsista jusqu'à la Révolution. Après l'occupation romaine, l'évangélisation de la Brie par saint Fiacre et la fondation d'abbayes furent facteurs de civilisation. L'époque féodale accentua le partage du territoire entre les rois de France (au sud) avec châteaux royaux à Melun et au Vivier, et les comtes de Champagne (au nord et à l'est) qui possédaient Meaux et Provins, célèbre par ses foires. Philippe le Bel acquit la Champagne en 1285, mais la division administrative subsista. Le pays fut ravagé par les luttes entre Armagnacs et Bourguignons (assassinat de Jean sans Peur au pont de Montereau), puis par les guerres de Religion. Aux 17ème et 18ème, la vocation résidentielle de la région s'affirma par la construction d'innombrables châteaux, dont beaucoup furent victimes de la Révolution. C'est cette dernière qui créa le département, en associant la Brie champenoise, la Brie française et une partie du Gâtinais, créant ainsi une région bivalente, sans capitale centrale et sans grande unité géographique. Napoléon fit de Fontainebleau une de ses résidences principales et c'est là encore, après quelques dernières victoires à Guignes, Mormant, Nangis, Montereau que se scella son destin. Le 19ème vit la naissance de l'industrie (raffineries de sucre de betterave, faïencerie de Montereau, verrerie de Bagneaux, chocolaterie de Noisiel), favorisée par l'extension des chemins de fer. La Première Guerre mondiale toucha lourdement le département, qui fut le théâtre des deux batailles de la Marne. Après l'extension considérable, durant trois quarts de siècle, de l'agglomération parisienne, la réforme départementale de 1964 aurait pu être l'occasion de modifier les limites de la Seine- et-Marne, mais l'on y renonça sous la pression d'élus locaux. A l'intérieur de la région d'Île-de-France, le département poursuit donc une mutation marquée par une urbanisation systématique de toute la partie ouest (villes nouvelles de Marne-la-Vallée et de Melun- Sénart). Sa population a triplé depuis le début du siècle.

Géographie

Le département appartient à la partie centrale du Bassin parisien, avec alternance de couches dures calcaires et de couches tendres sableuses ou argileuses. Le calcaire, le plus souvent couvert de limon en surface, forme des plateaux parcourus par un important réseau hydrographique. L'épaisseur de la couverture de limon, la profondeur à laquelle se trouve la couche imperméable permettent de différencier des régions agricoles : Brie française et sa grande culture, Brie boisée (entre Seine et Marne), Brie laitière (entre Marne et Grand-Morin), région de fabrication du fromage. Le paysage se modifie au nord de la Marne, avec des buttes aux pentes argileuses (Dammartin-en-Goële) et au sud de la Seine, avec les sables et grès de Fontainebleau, puis le bocage du Gâtinais. Le réseau hydrographique, qui totalise 1 900 km de cours d'eau, comprend les deux bassins de la Marne, qui reçoit les Morin et l'Ourcq, et de la Seine, grossie de l'Yonne, du Loing, de l'Ecole, de l'Yerres, etc. La configuration géologique du département y a favorisé la formation de nappes pétrolifères, en cours d'exploitation (300 000 tonnes en 1984). La nature Bien que le relief y soit peu accentué, le pays n'est jamais monotone : de douces ondulations, des cheines de collines boisées (notamment au nord de la Marne de Chelles à Dampmart) suffisent à varier les perspectives et à accrocher la vue. Pays de culture, pays d'élevage, pays de forêts, pays de rivières, la Seine-et-Marne, au moins dans sa partie non urbanisée, reste aussi une région de villages, aperçus de loin sur la plaine ou découverts. au tournant de la route, et dont les abords ne sont pas tous défigurés. Des clochers, parfois un moulin, s'intègrent harmonieusement au paysage. Pays de tourisme pédestre, cycliste ou automobile, à la recherche d'innombrables monuments souvent peu connus, de pêche, de canotage, de chasse, avec une part laissée à l'aventure : l'escalade des rochers de Fontainebleau ou, plus modestement, le parcours des nombreux sentiers fléchés à travers la forêt.

Arts, activités et économie

Bien que les gisements préhistoriques de Chelles et de Pincevent soient plus significatifs sur le plan de la vie quotidienne que sur celui de l'art, ils constituent cependant, avec le groupe des gravures rupestres mésolithiques de la forêt de Fontainebleau, les premières manifestations artisanales et culturelles de la région. Celleci ayant connu dès le Haut Moyen Age la présence des moines, le département a la chance d'avoir conservé un monument majeur pré-roman, les cryptes de Jouarre, vestige de la célèbre abbaye. Quelques ruines gardent le souvenir de celles de Chelles, de Preuilly, du Lys, ces dernières particulièrement spectaculaires. L'ancien monastère des Cordelières de Provins montre toujours son clditre et sa chapelle, et le collège religieux de Juilly ses. imposants bâtiments du 18ème qui ont gardé leur affectation. L'art roman, comme dans toute l'Île-de-France, a été submergé par le gothique, mais n'a pas partout disparu et reste souvent à découvrir : on le trouvera aux églises de Château-Landon, Fleury-en-Bière, Notre-Dame de Melun et surtout à Saint-Loup-de-Naud, point de rencontre de deux écoles. L'architecture est partout présente, et souvent avec des églises de grande classe : Larchant, Rampillon, Donnemarie, Lagny, Brie-Comte- Robert, Champeaux, Rozay-en-Brie, Crécy-laChapelle, les trois églises de Provins et, chef de file, la cathédrale de Meaux, accompagnée de sa cité épiscopale. Le style flamboyant apparaît à Saint-Aspais de Melun, Dammartin-en-Goëlle, Moret, Le Mesnil-Amelot; la Renaissance à l'église de Nantouillet. Pays de plaines et de carrefours, la Seine-et-Marne a vu naître au Moyen Age un grand nombre de châteaux forts et d'enceintes, dont nous restent les remparts de Provins et de Château-Landon, les châteaux de Blandy-les-Tours, du Vivier, de Montaiguillon, de Sigy, de Nemours, les tours de La Grange-Bleneau, le donjon et les portes de Moret, tandis que les halles d'Egreville rappellent l'importance des marchés de la région. Mais celle-ci sera, trois siècles durant, un lieu de plaisance parsemé d'une infinité de châteaux. Après Nantouillet (1520), la Renaissance s'affirme à Fontainebleau qui est, par son architecture et sa décoration, en partie exécutée sous la direction d'artistes importés d'Italie, le Primatice et le Rosso, comme un résumé étincelant de l'art de cette époque. Fleury-en-Bière en présente un autre aspect, tandis que Guermantes montre les étapes de la recherche d'un nouveau style, que Vaux-le-Vicomte est la répétition générale de Versailles, que Champs et Jossigny expriment l'affranchissement de la Régence, Suisnes et Les Boulayes la sérénité du temps de la douceur de vivre, la pyramide de Maupertruis l'extravagance inventive de Ledoux. L'architecture industrielle du 19ème est représentée par un remarquable exemple aux usines Meunier de Noisiel, tandis que l'église de Villeparisis ou les villes nouvelles de Marne-la-Vallée et de Melun-Sénart donnent des exemples parfois séduisants de l'architecture et de l'urbanisme de notre époque. Il faudrait encore parler des sculpteurs et verriers qui ont travaillé dans ces églises, des artistes divers qui ont décoré ces châteaux, en se gardant d'oublier les peintres qui, aux époques réaliste (Théodore Rousseau) et impressionniste (Sisley), ont découvert la forêt de Fontainebleau, à laquelle certains de leurs successeurs sont demeurés fidèles.

Yvelines

Superficie

2 285 km2

Point culminant

200 m à Limay.

Chef-lieu

Versailles. 4 arrondissements. 38 cantons. 262 communes.

Population

1 307 150 hab. (recensement 1990)

Histoire

Région de peuplement très ancien, où l'époque néolithique a laissé de nombreux mégalithes, encore en place ou transportés au musée de Saint-Germain. Les Romains y ont ensuite laissé leur marque, en particulier par des voies de communication : l'actuelle N186 emprunte encore en partie le tracé de la "via nova", qui reliait Paris à Rouen. Au Moyen Age, ce territoire se trouvait directement concerné, par l'établissement progressif du pouvoir royal sur l'Ile de France, emprise qui se marqua par la construction de châteaux-forts édifiés pour ou contre le roi de France : après la Montjoie de Marly, qui inspirera le cri de guerre royal, ce furent Conflans- Sainte-Honorine, Beynes, Montfort-l'Amaury, Houdan, Chevreuse. Saint Louis, né à Poissy, résida souvent à Saint-Germain dont il construisit la Sainte-Chapelle. La région fut directement touchée par la guerre de Cent Ans : Du Guesclin reprit Meulan en 1364 et Dunois combattit à Poissy en 1436. Région, aussi, de peuplement monastique, dont on retrouve les traces aux Vaux-de-Cernay. La paix revenue, la région resta résidence royale, en particulier avec le château de Saint-Germain où la monarchie séjourna régulièrement après son retour du val de Loire. François Ier mourut à Rambouillet en 1547. Les guerres de Religion se manifestèrent aussi sur notre territoire, en particulier par le vain colloque de Poissy. Un autre château royal se construisit à Saint-Léger-en-Yvelines. La présence de nombreuses forêts y attira les rois, tous chasseurs, et le château de Saint-Germain, doublé par Henri IV, devint la résidence habituelle de la monarchie jusqu'au milieu du règne de Louis XIV, tandis que des ministres se firent construire d'autres résidences (Maisons). Aux jours sombres de La Fronde, la famille royale, par deux fois, dut se réfugier à Saint-Germain. Mais un rendez-vous de chasse de Louis XIII au cours de la seconde moitié du 17ème, donnera peu à peu naissance au château royal par excellence, Versailles, où Louis XIV transféra la Cour en 1682 : ville royale qui devint, pour un siècle, la capitale de la France. Le roi d'Angleterre détrôné s'installa à Saint-Germain; Louis XIV fit construire Marly pour ses privilégiés; princes et ministres firent naître de nombreux domaines; Mme de Maintenon fonda à Saint-Cyr une grande maison d'éducation. Et c'est dans notre région que se déroula la plus grande aventure religieuse. littéraire aussi. du siècle, poussée presque jusqu'au martyre : Port- Royal-des-Champs. La présence monarchique se maintint ici pendant tout le 18ème siècle, où Louis XV fit bâtir Saint-Hubert, tandis que Mme de Pompadour habitait La Celle-Saint-Cloud, et où Louis XVI acquit Rambouillet. Le 6 octobre 1789, la monarchie quitta Versailles, et la grande politique notre région, où l'on ne peut plus guère signaler que la création, à Saint-Germain, du pensionnat de Mme Campan, pépinière de grandes dames, ou encore les séjours de Napoléon à Trianon. En 1815, le général Exelmans remporta à Rocquencourt la dernière victoire de l'Empire. Notre région fut la première à voir apparaître le chemin de fer, qui attint Le Pecq en 1837, puis Versailles par deux itinéraires. Les nouvelles voies de communication favorisèrent la construction et le bois du Vésinet, loti, devint une ville résidentielle modèle, alors que le parc de Maisons fut irrémédiablement saccagé. Grâce au chemin de fer aussi, les Parisiens découvrirent les bords de Seine; Argenteuil, Chatou, Bougival, Médan, accueillirent Impressionnistes et écrivains. En 1870, ce fut l'invasion, et de nombreux combats eurent lieu sur notre sol. L'état-major prussien s'installa à Saint-Germain et c'est dans la Galerie des glaces de Versailles que fut proclamé l'empire allemand. Le nouveau gouvernement français dut, devant la Commune, se replier lui aussi sur la Ville royale, et c'est là qu'après son départ, furent, jusqu'à 1954, élus seize présidents de la République, dont plusieurs séjournèrent à Rambouillet. Témoin des temps héroïques de l'aviation (Buc, Villacoublay), notre région vit se conclure la première guerre mondiale par les traités de Versailles, de Saint-Germain et de Trianon. L'entre-deux guerres connut un grand développement industriel (Poissy) et résidentiel. La région fut durement touchée par l'occupation allemande de 1940-1944 (Rommel eut son quartier général au Vésinet, puis à La Roche-Guyon) et par les bombardements alliés, qui ravagèrent Mantes ou Poissy. La reprise économique fut lente et se manifesta par des implantations industrielles (Flins) et une construction résidentielle assez désordonnée. Certaines communes (Fontenay-le-Fleury, Villepreuxl, La Celle-Saint-Cloud) connurent une expansion spectaculaire. Un des premiers "grands ensembles" fut construit à Marly (les Grandes Terres) et des résidences assez harmonieuses apparurent à Louveciennes. Par la suite, la création de la ville nouvelle de Saint- Quentin-en-Yvelines s'efforça de polariser le phénomène. Le Département des Yvelines est né en 1964 et a reçu pleins pouvoirs en 1982. Il mène une action importante, en particulier dans le domaine culturel.

Géographie

Géologiquement, le département des Yvelines, comme toute l'Ile-deFrance, est constitué de couches alternées de sables et de calcaire, plus ou moins mêlés d'argile. Les sables se sont maintenus dans un grand nombre d'endroits, tandis qu'ailleurs réapparaît la couche calcaire. Les bords de la Seine sont une terre d'alluvions. Ces diverses actions ont déterminé le relief du département, comportant une série de plateaux d'une altitude moyenne de 150 mètres dans lesquels les rivières ont creusé leur lit, pour rejoindre la Seine, au nord (Mauldre), à l'ouest par l'intermédiaire de l'Eure (Vesgre) ou à l'est (Yvette). On peut délimiter, dans ce département, du nord au sud, six régions naturelles : vallée de la Seine de Poissy à Port-Villez, zone de cultures maraîchères et d'élevage, de carrières de sable et de craie aussi, mais dont la vocation de lieu de passage a favorisé la résidence et l'implantation industrielle; la banlieue parisienne, qui, de Vélizy à Houilles et Maisons-Laffitte en passant par Versailles et Saint- Germain, tend à devenir une immense agglomération, les cultures,maraîchères de Chambourcy ou de Montesson disparaissant peu à peu; le Drouais, pays de bocage, de pâturages et de bois; la plaine de Versailles, au centre du département, région de grande culture (céréales, maïs), mais aussi de fruits et légumes, tandis que des îlots de grès et de sable supportent des forêts (Marly, Beynes); la région des Yvelines proprement dite (Rambouillet, Chevreuse, Saint-Arnoult, Gambais), zone de grande culture, mais aussi d'élevage ainsi que de grandes forêts, région très résidentielle; la Beauce enfin, dont les Yvelines possèdent, autour d'Ablis, une petite partie (10 000 hectares environ), plaine plate où les céréales atteignent un rendement exceptionnel. La Nature Elle ne se signale jamais par son relief, et la main de l'homme est presque partout présente par les voies de communication, l'habitat et, en certaines zones, l'industrie. Mais le paysage est encore vivace et souvent prenant, avec deux éléments principaux : cours d'eau et forêts. Pour les premiers, c'est d'abord la Seine, qui traverse toute la partie nord du département, décrivant de grands méandres provoqués par la faiblesse de la pente, et dont les rives offrent encore par endroits des aspects naturels, par exemple dans l'ouest, où elles se bordent de falaises de craie. Mais le fleuve reçoit, ici ou ailleurs, quantité d'affluents nés sur le sol des Yvelines : Mauldre, Yvette, Orge, Renarde, Drouette, Vesgre, Vaucouleurs dont les rives, malgré la prolifération des résidences secondaires, offrent encore des vues agrestes. Dans le domaine de l'eau, il faut encore citer des étangs, naturels ou artificiels, qui passent peu à peu de l'état de mares sauvages à celui de pièces d'eau sophistiquées. Quant aux forêts, elles constituent une richesse du département, qu'elles soient domaniales (Saint-Germain, Marly, Rambouillet, Dourdan) ou privées (700 000 hectares en tout, le quart de la surface du département). C'est le domaine du chêne, du châtaignier et en moindre quantité, du bouleau, du hêtre, du charme, mais les résineux y prennent une part de plus en plus importante.

Arts, activités et économie

La croissance des villages, l'importance des communautés religieuses, la présence de la Cour et de ses satellites ont doté la région d'une impressionnante parure monumentale, dont on ne peut noter que les têtes de chapitre. Au Moyen Age nous devons non seulement des forteresses, citées par ailleurs, mais d'innombrables églises, où le roman est vite supplanté par un gothique villageois, modeste mais toujours élégant : Poissy, Saint-Arnoult-en-Yvelines, Maisons-Laffitte, Chatou, Bougival, Triel, Mézières-sur-Seine en donnent quelques-uns des différents aspects, tandis que la Sainte-Chapelle du château de Saint-Germain, rappelle le souvenir des Capétiens et que la collégiale de Mantes s'élève aux proportions et à l'harmonie d'une cathédrale. Et en matière d'architecture religieuse, le Moyen Age met du temps à s'avouer vaincu et jette ses derniers feux à Montfort-l'Amaury, à Richebourg, à Houdan, en se mêlant peu à peu aux formes nouvelles, alors que la Renaissance s'est déjà manifestée aux châteaux de Saint-Germain, des Mesnuls, de Wideville, comme au cimetière de Montfort. C'est encore à Saint-Germain que s'ouvre la nouvelle série des grandes demeures de la première moitié du 17ème siècle, avec le Château-Neuf, dont nous restent deux pavillons, suivi de Médan, Maisons et sa grotte, Rosny, Thoiry, La Celle- les-Bordes, Gambais, Breteuil, le nymphée de Wideville : l'architecture y fait chanter les couleurs de la brique, de la pierre, de l'ardoise au service d'une aristocratie désormais plus résidentielle que seigneuriale. Mais c'est Versailles qui constitue évidemment pour la seconde moitié du siècle, la grande page non seulement d'architecture, mais de tous les arts qui y trouvent leur cadre. Et il faut, avec Versailles, compter ses annexes (Orangerie, Ecuries), ses satellites (Trianon, Dampierre) et même toute la ville qui l'accompagne. C'est encore à Versailles que se manifeste, dans notre région, le style Louis XV, théâtral à la cathédrale ou au Pavillon français, plus mesuré à la Bibliothèque, classicisant à l'Opéra, tandis que l'intérieur de Rambouillet offre certaines des plus belles boiseries de l'époque. Le néo-classicisme de l'époque Louis XVI se manifeste dans la salle à manger de Maisons, à la Laiterie de Rambouillet, au nymphée de Chatou, à l'église de Port-Marly et encore à Versailles, où le petit Trianon reste comme le symbole de cette époque qui s'acheminait à sa perte à travers les fantaisies du Hameau de la Reine ou du Désert de Retz. Après la Révolution, l'architecture de la région s'endormit pour cent cinquante ans et. l'on ne peut guère citer pour le 19ème siècle que Monte-Cristo, le château d'Alexandre Dumas. Mais elle s'est réveillée avec Le Corbusier, auteur de la villa Savoye à Poissy, suivi après la seconde guerre mondiale par Dubuisson (siège de la C.S.F. à Rocquencourt), Wogensky (sa maison à Saint-Rémy-les- Chevreuse), Lourdin (Saint-Thibaut-de-Marly), Zehrfuss (usine Renault de Flins), architectures fonctionnelles, mais riches d'invention et d'originalité.

Essonne

Superficie

1 804 km2

Point culminant

177 m dans le bois de Verrières

Chef-lieu

Evry. 3 arrondissements. 35 cantons. 196 communes.

Population

1 084 824 hab. (recensement 1990)

Histoire

Des silex taillés préhistoriques témoignent de l'ancienneté de l'habitat dans la région. A l'époque néolithique, la population avait augmenté et éleva des menhirs, dont beaucoup nous restent, à Milly-la-Forêt, Etampes, Villeneuve-le-Roi, Boussy-Saint-Antoine. La conquête romaine fut marquée par la lutte entre Labienus et Camulogène, le long de la vallée de la Seine. La région fut convertie au christianisme par saint Chéron et saint Yon, qui ont laissé leurs noms à des villages. L'époque mérovingienne fut marquée ici par des luttes entre princes rivaux : en 604, Thierry Il d'Austrasie vainquit Clotaire Il de Neustrie près d'Etampes, ville qui sera détruite en 911 par les Normands de Rollon. A l'époque féodale, la défense du sol entraîna la construction de châteaux forts, qui firent bientôt obstacle à l'établissement du pouvoir des rois. Hugues Capet, qui résidait à Dourdan, Robert le Pieux, qui vivait souvent à Etampes, et leurs successeurs, durent prendre d'assaut ces forteresses, surtout Méréville et Montlhéry. Mais la paix royale ainsi établie fut à nouveau troublée par la Guerre de Cent Ans, qui fit baisser la population de moitié, puis par la lutte contre les Bourguignons, avec la bataille indécise de Montlhéry, enfin par les Guerres de Religion, dont souffrirent Corbeil et Dourdan. Les châteaux servaient aussi de prison et accueillirent, à Etampes, la reine Ingeburge de Danemark, que Philippe Auguste voulait répudier, et à Dourdan, Jeanne de Bourgogne, compromise dans le scandale dont Dumas a tiré "La Tour de Nesles". Aux époques de calme, la construction de belles halles de bois, à Méréville, à Arpajon ou à Milly, témoigne du développement de l'agriculture, prospère sur tout le territoire, et du commerce, favorisé par les nombreuses voies d'eau. Mais la région, aux 17ème et 18ème siècles, fut aussi résidentielle : nombre de châteaux seigneuriaux s'y élevèrent et c'est dans la forêt de Sénart que Louis XV fit connaissance avec Mme de Pompadour, tandis que l'on fabriquait la porcelaine à Mennecy : région où vécurent successivement Guillaume Budé, Boileau, Mme de Sévigné, Charles Perrault, Chamfort. Le 19ème siècle resta agricole, mais vit le fonctionnement, en 1832, du premier bateau à vapeur à Corbeil, patrie de la grande industrie : moulins, papier, imprimerie, matériel Decauville. C'est à Boussy-Saint-Antoine, en 1884, que naquit Dunoyer de Segonzac. Après la dernière guerre un grand centre universitaire scientifique, de portée mondiale, s'installa à Orsay. En 1964 fut créé le nouveau départe-ment, urbanisé dans sa partie nord, agricole dans le sud, et qui reçut pour chef-lieu une ville peu à peu nouvellement construite, Evry.

Géographie

Géologiquement, l'Essonne est constitué d'une couche de sable, dit "de Fontainebleau", traversé par de nombreuses vallées, entre lesquelles les sables sont recouverts de plateaux calcaires. L'importance et le nombre des rivières est une des caractéristiques du département : traversé par la Seine dans sa partie nord-est, le fleuve reçoit, à droite l'Yerres et surtout, à gauche, toute une série de cours d'eau coulant dans une direction générale sudouest/ nordest. Ce sont, en allant vers l'aval, l'Ecole; l'Essonne, grossie de la Juine, qui reçoit elle-même la Chalouette et l'Esclimont; l'Orge avec ses nombreux affluents : Misère, Renarde, Remarde, Yvette, elle-même renforcée du Rouillon, du Rhodon, de la Mérentaise; enfin la Bièvre qui, paradoxe, ne se jette plus nulle part, mais reste vivante dans le nord du département. On peut distinguer dans l'actuelle circonscription quatre régions naturelles : la Brie, à l'est de la Seine, verdoyante parce que pourvue d'une couche argileuse qui s'oppose à l'infiltration des eaux; le Hurepoix, dans toute la partie centrale, où alternent plateaux, buttes et vallées; le Gâtinais, à l'est de l'Essonne, où les cultures se mêlent aux bois; la Beauce, à l'ouest d'Etampes, avec son limon fertile permettant de riches cultures. C'est un pays encore très agricole, surtout dans le sud. La vigne a disparu, les arbres fruitiers et l'élevage sont en régression, mais on y trouve du blé, de l'orge, du maïs, de la betterave, de la pomme de terre (en diminution), des haricots (célèbre foire à Arpajon), des oléagineux. Le transfert des Halles à Rungis a développé les cultures maraîchères, et l'Essonne a ses spécialités : cresson, fraises, plantes médicinales, roses, graines potagères et florales. Le département possède un certain nombre de forêts, toutes situées sur la frange extérieure : Verrières, Sénart, Dourdan, et les premiers bois du massif de Fontainebleau. Les cours d'eau, enfoncés dans la couche calcaire, ont, en plusieurs points, conservé leur aspect champêtre, malgré les résidences secondaires : les rives de la Chalouette, de l'Essonne, de l'Orge, ont gardé par endroit des aspects verdoyants et solitaires. C'est le défaut de pente de ces rivières qui a engendré des bras multiples, marais et étangs, dont certains ont gardé leur aspect naturel alors que d'autres ont été aménagés pour les loisirs : le plan d'eau de Viry-Châtillon est spectaculaire. Le relief peu accentué, mais varié, du département y ménage aussi des points de vue, en particulier au nord de la vallée de l'Orge et en Gâtinais.

Arts, activités et économie

C'est un pays d'églises, et même de belles églises, dont certaines remontent en partie à l'époque romane, comme La Ferté-Alais ou Notre-Dame du Fort d'Etampes, curieuse par son appareil fortifié et son portail sculpté. Corbeil, maintenant cathédrale, Palaiseau, Dourdan, Longpont, autrefois siège d'un pèlerinage célèbre, furent commencées au 12ème siècle et continuées à travers les transformations du gothique, lequel s'exprime avec une grandeur exceptionnelle à Saint-Sulpice de Favières, "la plus belle église de village de France". Le 16ème siècle a édifié la curieuse tour penchée de l'église Saint-Martin d'Etampes et commencé l'église de Limours, qui conserve de beaux vitraux de l'époque. Enfin le 17ème siècle a tapissé l'intérieur de l'église de Brunoy d'un ensemble de boiseries qui évoque le célèbre château voisin, malheureusement disparu. Ces églises sont souvent riches en objets d'art populaire, statue de saint Barthélemy à Boutigny et surtout souches de cierges du Val-Saint-Germain. Mais c'est aussi un pays de châteaux, d'abord féodaux, forteresses édifiées pour défendre un pays ou commander une route : la tour de Montlhéry. est la plus connue, mais on rencontre 'également les châteaux forts de Dourdan, Marcoussis, Farcheville, Milly, la tour Guinette à Etampes, les donjons de Puiselet-le-Marais et de Sainte-Geneviève-des-Bois. Certaines fermes ont été également fortifiées au Moyen Age : Villemartin, Saint-Cyr-sous-Dourdan. A ces édifices guerriers succédèrent des demeures plus souriantes, évoluant peu à peu vers un souci de confort, d'élégance, de prestige; toute une série de châteaux fut édifiée au début du 17ème siècle : Bâville, Courances, Chamarande, Belesbat montrent les jeux subtils de l'ardoise, de la pierre et de la brique, tandis que Saint-Jean de Beauregard et Mesnilvoisin habillent d'une pierre plus rude leurs volumes équilibrés. Courson, Athis, le Grand-Saussay adoptent des proportions moins majestueuses, une harmonie plus subtile, et l'époque Louis XVI jette tous ses feux de grâce et de majesté, à la fois, avec le château du Marais. La même époque voyait la transformation des jardins, dont nous avons un exemple célèbre avec les fabriques du parc de Méréville, aujourd'hui transportées à Jeurre. Et l'art moderne n'est pas négligeable en Essonne, qu'il s'exprime par les volumes de l'architecture urbaine à Evry (pyramides d'Andrault et Parat), par la verticale des châteaux d'eau de Mennecy et des Ulis, par le centre aéré de Villelouvette (de Renaudie et Riboulet), par le couvent des Franciscains d'Orsay ou par le décor dont Jean Cocteau pourvut, à Milly, la chapelle Saint-Blaise-des-Simples.

Hauts-de-Seine

Superficie

175 km2

Point culminant

Point culminant 180 m à Vaucresson, près de l'autoroute

Chef-lieu

Nanterre. 3 arrondissements. 40 cantons. 36 communes.

Population

1 391 658 hab. (recensement 1990)

Histoire

Le sol de l'actuel département a fourni nombre de gisements paléolithiques, en particulier celui de Levallois, et l'époque galloromaine a laissé de nombreuses traces. Certaines villas galloromaines ont donné naissance à des villages, peu à peu organisés au point de vue religieux et même administratif, à côté des fiefs et propriétés des seigneurs. Les souverains eux-mêmes, de Dagobert à Napoléon, ont très souvent résidé sur ce territoire. Parmi les événements politiques de l'Ancien Régime, on peut citer l'assassinat d'Henri III à Saint-Cloud, la cour littéraire et politique de la duchesse du Maine à Sceaux, les séjours du cardinal Fleury à Issy. A la veille de la Révolution, le territoire se présente comme une juxtaposition de villages, de propriétés résidentielles et de cultures : céréales, légumes et surtout vigne. Notons encore des manufactures de céramique, des carrières, des moulins, des blanchisseries. A la Révolution, les habitants exprimèrent des doléances souvent justes, s'élevant essentiellement contre privilèges et abus. La République fit fabriquer ses ballons militaires à Meudon; Bonaparte conquit le pouvoir à l'Orangerie de Saint-Cloud et médita à Malmaison les grands projets du règne. Après la double et dure invasion ennemie de 1814-1815, la Restauration installa un régime paternaliste et la Monarchie de Juillet, qui fit revenir au port de Courbevoie les cendres de Napoléon, commença à modifier le visage de la région, par la création des chemins de fer. Ceux-ci favorisèrent le développement industriel et, en conséquence, la croissance des quartiers ouvriers. La population augmenta à un rythme rapide : certaines communes doublèrent de population entre le début et la fin du Second Empire. La guerre de 1870 et la Commune éprouvèrent beaucoup la région, les châteaux de Saint-Cloud, Meudon et Issy disparurent. Le mouvement d'industrialisation et d'urbanisation incohérent s'accentua à la fin du siècle, pour aboutir à une véritable anarchie, dont les pouvoirs publics commencèrent à prendre conscience un peu avant la guerre mondiale. Après celle-ci, la crise du logement développa encore une cons-truction mal gouvernée et c'est seulement vers 1955-60 que de sérieux efforts furent entrepris pour équiper et amenager ce vaste territoire urbain, dans le sens d'une meilleure utilisation du sol, de la préservation et de la mise en valeur du paysage comme des monuments, de l'amélioration des conditions de vie et de travail de ceux qui y habitent. L'Etat, la région, le département, les communes, maintenant réciproquement autonomes, s'efforcent d'y concourir.

Géographie

C'est certainement le département de France à la forme la plus étrange, croissant qui entoure tout l'ouest de Paris et dont les pointes atteignent la plaine Saint-Denis au nord et l'autoroute A6 au sud. Sa caractéristique géographique principale est la présence d'un grand fleuve qui y décrit deux méandres très accentués, provoqués par la présence de deux massifs de collines : un plateau calcaire au sud, culminant au Plessis-Robinson, et, au centre, une sorte de falaise s'étendant de Sèvres à Asnières et dont la hauteur la plus visible est le Mont-Valérien. Au nord et au sud, des plaines alluviales, dont les villages ont formé les villes actuelles, réunies . les unes aux autres. Le sud du département est formé d'un plateau calcaire d'où, pendant des siècles, a été extraite la pierre à bâtir : les carrières de Châtillon, de Bagneux, de Clamart ont donné naissance à la plupart des monuments de Paris, et il en reste encore de nombreux souterrains. Ce plateau est entaillé, à l'est, par la vallée de la Bièvre, qui, par endroits, forme la limite départementale. On peut distinguer quatre secteurs géographiques : les com-munes de la rive droite, dépendant encore étroitement de Paris, surtout résidentielles et d'emploi tertiaire; la boucle de Gennevil-liers, encore industrielle, mais en pleine mutation (quartier de la Défense); le centre, vallonné et verdoyant; le sud, très urbanisé et industrialisé à la limite de Paris et qui au fur et à mesure que l'on s'en éloigne, offre une occupation urbaine moins dense. Bien que le paysage ait été presque partout recouvert par le manteau des constructions, la nature n'a pas encore perdu ses droits dans les Hauts-de-Seine. D'abord par la présence du fleuve qui y dessine un long parcours sinueux, semé d'îles. Le Conseil général a fait ces dernières années de gros efforts pour assainir la Seine, nettoyer les rives et réhabiliter les îles, en particulier l'île Saint-Germain. La nature s'y manifeste encore par les nombreux espaces verts du département, qui comprennent des forêts et bois naturels (Meudon, Ville d'Avray, Saint-Cucupha), des parcs classiques, oeuvres de Le Nôtre ou de ses disciples (Saint-Cloud, Sceaux, Meudon), des parcs romantiques ou pittoresques (Malmaison, La Vallée-aux-Loups, Jardins Kahn, parc Henri Sellier) et des jardins modernes, que le Conseil général a fait surgir à Nanterre, à Villeneuve-la-Garenne, à Colombes, au Mont-Valérien, tandis qu'il aménageait les anciens haras de Jardy en lieu de détente et de sport.

Arts, activités et économie

Avec le simple département des Hauts-de-Seine, on composerait un manuel d'histoire de l'art. En architecture, on part de l'art roman (clocher de Châtenay-Malabry) pour arriver aux églises gothiques, inspirées de NotreDame de Paris (Bagneux) et flamboyantes (Puteaux). La Renaissance est présente à l'orangerie de Meudon, puis le 17ème siècle s'annonce à la façade de l'église de Rueil ou à la maison d'Armande Béjart à Meudon. L'époque des châteaux nous a laissé, malgré les destructions, l'ancien château de Vanves (lycée Michelet), celui d'Asnières, le pavillon de Lulli à Sèvres, l'orangerie et le pavillon de l'Aurore à Sceaux, avec d'admirables parcs, sans oublier la belle caserne des Suisses de Rueil. La fin du siècle affirme son goût de la recherche à Neuilly, à Courbevoie, à Ville d'Avray. Le Premier Empire nous a laissé les souvenirs des deux ennemis : le décor de Malmaison pour Napoléon et le parc de la Vallée-aux-Loups pour Chateaubriand. Mais c'est peut-être l'architecture moderne qui a écrit dans le département des pages capitales, depuis la maison d'Hennebique à Bourg-la-Reine et l'école de plein air de Suresnes. Depuis un demi-siècle, créateurs et techniciens construisent sur ce sol des églises, des écoles, des hôpitaux, des résidences, des bibliothèques et surtout le gigantesque quartier qui, symbole de notre époque, s'élève autour du rond-point de la Défense. Côté peinture, dès le 18ème siècle, des artistes (Fragonard, Hubert Robert) ont été inspirés par notre paysage, mais il a pris toute sa résonnance avec Corot, enfant de Ville-d'Avray, suivi de Troyon, Paul Huet, Lépine. Et l'on arrive à la gloire de l'Impressionnisme, qui a fait des bords de Seine une région illustre de l'art de tous les temps. Manet qui passa ses derniers étés à Bellevue et à Rueil, Monet, Renoir, Caillebotte, Berthe Morisot, Sisley ont peint indifféremment les deux rives du fleuve, suivis de Seurat, qui a immortalisé la Grande-Jatte et de Van Gogh, séduit par le pont d'Asnières. Plus près de nous, Utrillo a peint les Guinguettes de Robinson et le dernier grand paysagiste des Hauts-de-Seine a été Dunoyer de Segonzac, qui, cinquante ans durant, a rayonné, pinceau en main, autour de sa maison de Chaville. Le dernier, avons-nous dit, car l'époque n'est plus guère aux paysagistes. Mais cela peut revenir.

Seine-Saint-Denis

Superficie

2 358 km2

Chef-lieu

Bobigny. 2 arrondissements. 40 cantons. 40 communes.

Population

1 981 197 hab. (recensement 1990)

Histoire

Si on laisse de côté quelques vestiges préhistoriques, on peut dire que c'est de l'époque gallo-romaine que date le peuplement affirmé de ce territoire : noms de lieux d'origine latine, présence de la voie romaine Paris-Rouen, puis, sans doute liée à cette voie de communication, naissance de l'abbaye de Saint-Denis, haut-lieu de prière et de pensée, nécropole des rois pendant dix siècles. Pendant tout le Moyen Age, la région fut terre d'agriculture : les céréales de la plaine de France ou Parisis, le vin des coteaux bien exposés, l'élevage dans les prés jouaient un rôle capital dans l'alimentation de Paris, tandis que les forêts fournissaient à la capitale feu et charpente. Au mois de juin, dans la plaine entre Saint-Denis et Paris, la foire du Lendit rassemblait au profit des acheteurs parisiens des marchands venus de toute l'Europe, et le succès de la manifestation favorisa directement le développement de la ville, riche de 10 000 habitants, chiffre important pour l'époque. On y vendait les produits agricoles et on y fabriquait du drap. La Guerre de Cents Ans, qui vit Jeanne d'Arc à Aubervilliers et à Saint-Ouen, porta un gros coup à cette prospérité économique, de nouveau compromise ensuite par les guerres de Religion (bataille de Saint-Denis entre catholiques et protestants en 1567), puis la Fronde. L'importance et la stabilité des échanges ne reparurent pleinement qu'au début du 18ème siècle. La Révolution se manifesta dans la région de façon parfois spectaculaire : de retour de Varennes, la famille royale fut huée entre Bondy et Pantin, la ville de Saint-Denis devient "Franciade" et, dans l'abbatiale, les tombeaux des rois furent violés et leurs restes arrachés au monument qui était leur gardien. Mais déjà des volontaires de la région étaient partis combattre à Valmy, à Jemmapes, et lors de la chute de l'Empire, les habitants pourtant peu favorables à la conscription, luttèrent contre l'invasion ennemie sur les collines de Montreuil ou de Romainville. C'est du milieu du 19ème siècle, avec la création des chemins de fer et le développement de la batellerie, que l'industrie prit son essor, favorisant le développement démographique. Les villages les plus proches de Paris connurent une augmentation considérable de population et un développement déjà anarchique; Saint-Denis atteignit 40 000 habitants. La guerre de 1870 surprit cette région paisible et en plein développement. Bondy fut très gravement endommagé, Drancy presque entièrement détruit à la suite de combats incohérents. Le plateau d'Avron résista un mois à l'ennemi et l'église du Bourget fut le théâtre d'un des plus célèbres combats. A Sevran, les Prussiens campèrent dans l'église, où ils installèrent un magasin à vivres sur l'autel. Après ce coup d'arrêt, l'expansion reprit et s'amplifia dans le désordre urbanistique et l'indifférence sociale. Paul Eluard naquit à Saint-Denis en 1895. La Première Guerre mondiale, qui vit les taxis de la Marne se rassembler à Gagny, non seulement ne stoppa pas la croissance, mais l'amplifia, en attirant sur place, pour les besoins de l'industrie de guerre, une main-d'oeuvre provinciale qui s'y maintiendra en partie. Au lendemain des hostilités, de médiocres lotissements, nés d'une crise de logement qui favorisait la spéculation foncière et favorises par la loi Loucheur, vinrent encore défigurer ce paysage où venait atterrir Lindbergh en 1927, ceci sans offrir de conditions de vie satisfaisantes aux "mal lotis", et tandis que se poursuivait l'implantation industrielle. La crise économique de 1931 ralentit ce développement anarchique, auquel on commençait à songer à apporter un peu d'ordre. La Seconde Guerre mondiale fut, ici, souvent tragique, avec deux lieux de douleur, Romainville et Drancy. En 1944, un bombardement rasa en partie la ville de Noisy-le-Sec. Et puis la région repartit, au rythme du pays, et se couvrit de plus belle, non plus de petites maisons, mais d'immeubles souvent monotones, d'écoles, de lycées, d'équipements sportifs. On s'efforça de mettre un peu d'ordre dans le chaos, en particulier par la destruction des quartiers vétustes, et de satisfaire en même temps aux besoins accrus de la circulation individuelle ou collective. Le Département de la Seine-Saint-Denis, créé en 1964, avec chef-lieu à Bobigny, s'est depuis efforcé de dégager la spécificité de la nouvelle circonscription et de conduire son développement rationnel. Mais certains habitants de Villemomble, de Gagny, du Raincy, comme leurs pères et leurs grand-pères, sont toujours adeptes du noble jeu d'arc, école d'adresse et de courtoisie.

Géographie

Ce département aurait mérité, lui aussi, de s'appeler Seine-et-Marne, puisqu'il s'étend entre ces deux cours d'eau. A l'ouest, l'extrémité du plus grand méandre du fleuve forme limite, laissant à la Seine-Saint-Denis une île en forme de croissant, l'Ile-Saint-Denis, qui forme à elle seule une commune. Au sud-est, la Marne traverse l'extrémité sud du territoire. Entre les deux, un cours d'eau artificiel, le canal de l'Ourcq, divise le département en deux parties à peu près égales. Toute la partie nord de la circonscription est taillée dans la plaine de France, plate étendue de limons fertiles peu à peu recouverts d'abord par l'industrie, ensuite par les immeubles. Au sud du canal de l'Ourcq commence un pays de plateaux calcaires, marneux ou sableux, avec quelques collines et les débris des anciennes grandes forêts. Cette région longtemps agricole fût-ce tous temps lieu de passage. Les premières routes partant de Paris vers le Nord et l'Est ont gardé dans leur numérotation (N1, 2 et 3) le souvenir de leur ancienneté. Sont venues plus récemment s'y ajouter des autoroutes : celle de l'Est (A4) traverse l'extrémité sud du département, mais celui-ci est surtout concerné par A1, qui traverse Saint-Denis et A3, qui partant de l'échangeur de Bagnolet, rejoint la précédente pour desservir l'aéroport de Roissy, car le département a été dès l'origine (Le Bourget) une plate-forme aérienne. C'est peut-être le département français où il est le plus difficile de parler de nature, car ce morceau d'Ile-de-France sans caractéristiques géographiques très nettes, longtemps voué aux cultures, est en cent vingt ans devenu une immense ville de vingt mille hectares, peuplée de plus d'un million d'habitants, où les communes se sont à peu près partout rejointes et soudées. Même les bords de Seine sont entièrement industrialisés ou urbanisés, et ceux de la Marne sont en passe de connaître le même sort. Mais la nature, dans ce département, est depuis quelques années reconquise et recréée par l'homme, l'arbre étant, bien tard, redevenu sacré. Ce qui reste de l'illustre et gigantesque forêt de Bondy, à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, est sauvé et réaménagé, un parc a été créé à La Courneuve, d'autres se fondent sur des terrains libérés des friches industrielles ou sur les pentes de Romainville, et la Maison d'éducation de la Légion d'honneur a accepté de partager le sien avec les habitants de Saint-Denis.

Arts, activités et économie

Les hasards de l'histoire ont groupé ici certains monuments majeurs de notre architecture et d'autres plus secondaires, mais caractéristiques. Une chapelle de l'église de Noisy-le-Grand n'est autre que l'abside du sanctuaire primitif : elle remonte au 10ème siècle. Mais le monument essentiel, pour le Moyen Age, est l'abbatiale de Saint-Denis, qui offre, avec les parties construites par Suger, les débuts de la construction gothique et, avec celles datant de Saint Louis, son apogée. Saint-Denis est aussi une page exceptionnelle de l'histoire de la sculpture, décorative avec les portails de l'église, funéraire avec la capitale série des tombeaux des rois, qui s'échelonnent du 13ème au 19ème siècles. A côté de ce grand sanctuaire, des églises de campagne nous ont été conservées, dans la saveur de leur architecture gothique rurale : Neuilly-sur-Marne, Montreuil, Aulnay-sous-Bois, et les monastères du Moyen Age sont encore présents avec la grange dîmière de Tremblay-lès-Gonesse. L'église d'Aubervilliers, autrefois lieu de pèlerinage, a gardé l'aspect que lui donnèrent le 16ème et le début du 17ème siècles, et le Carmel de Saint-Denis a récemment retrouvé, grâce à une remarquable restauration, son aspect des années 1620. Puis vient l'époque des châteaux : si nous avons perdu l'exceptionnel édifice que fut Le Raincy, ainsi que le premier château de Saint-Ouen, nous restent Clichy-sous-Bois et Gournay pour le 17ème, le portail de La Motte de Stains pour la fantaisiste époque Régence, les châteaux d'Epinay, de Villemomble, de Gagny, de Vaujours pour le 18ème, époque qui vit aussi construire, sous la direction de Robert de Cotte, une des plus belles abbayes du temps, aujourd'hui. occupée par la Légion d'honneur à Saint-Denis. Et le néo-classicisme de l'époque Louis XVI s'affirme à l'orangerie de Clichy-sous-Bois et aux écuries de Stains, pour se prolonger au château de Saint-Ouen, dont notre époque a su restaurer le ravissant décor Restauration. Le 20ème siècle s'ouvre dans la région par le chef-d'oeuvre d'Auguste Perret, l'église du Raincy, "Sainte Chapelle du béton armé" et se continue par les recherches d'Emile Aillaud à Pantin (les Courtillières), par la sévère architecture de la Préfecture de Bobigny, oeuvre de Folliasson, ou par la partie située sur la commune de Noisy de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée.

Val-de-Marne

Superficie

244 km2

Point culminant

126 m au plateau de Villejuif

Chef-lieu

Créteil. 3 arrondissements. 39 cantons. 47 communes.

Population

1 215 538 hab. (recensement 1990)

Histoire

Le Val-de-Marne possède, à Villejuif, le lieu habité peut-être le plus ancien de la région parisienne : on y a trouvé des silex chelléens et des tessons de céramique à motifs rubannés et il n'est pas impossible que Paris, avant qu'il fût Paris, ait occupé ce site. Des mégalithes (menhirs de Villeneuve-le-Roi et de Saint-Maur) témoignent également d'une présence humaine dans la région à une époque très reculée. La période gallo-romaine y est encore marquée par un édifice, les vestiges de l'aqueduc d'Arcueil. Le roi Dagobert, traversant la forêt, patronna la fondation de Villeneuve-le-Roi, mais c'est à Vincennes que vont s'écrire bien des pages de l'histoire de France, surtout de Saint Louis à Louis XIV. A Saint-Maur, on note en 1418 la signature d'une paix éphémère entre Armagnacs et Anglo- Bourguignons, puis ce sont les suites de l'édit.de Nantes : le culte protestant est autorisé d'abord à Ablon, ensuite à Charenton. La Fronde a apporté saccages et deuils, en particulier à Villeneuve-Saint-Georges. Le 18ème siècle est plus calme, et la région de Choisy-le-Roi profite des séjours de Louis XV au château. Avant ou après lui, les grands du royaume se constituèrent sur notre territoire un grand nombre de résidences, dont subsiste surtout le souvenir : des princes, comme le comte de Clermont à Berny (Fr esnes) et Mlle de Sens à Vilgenis (Massy); des grands seigneurs, tel le maréchal de Saxe au Piple (Boissy-Saint-Léger); des ministres : Foucquet à Saint-Mandé, Chauvelin à Grosbois, Silhouette à Bry; des parlementaires : le président Le Pelletier à Villeneuve-le-Roi, Lambert de Thorigny à Sucy, les Malon à Bercy, les d'Ormesson dans la terre qu'ils avaient baptisée; des financiers comme Pâris-Duverney à Nogent. Un seul événement saillant marque, sous les trois derniers règnes, l'histoire de la région : la Révocation de l'édit de Nantes (1685), qui entraîna la démolition du temple de Charenton. La région est essentiellement agricole, viticole aussi, et l'industrie au berceau ne s'y manifeste que par la manufacture de céramique de Choisy-le-Roi. A la Révolution, les paroisses, dont beaucoup n'ont pas changé de limites en devenant communes, rédigèrent leurs cahiers de doléances, qui manifestent en général une grande maturité politique et n'expriment que des demandes modérées : celui de Bonneuil est remarquable. Le climat s'alourdit bientôt, mais peu de localités connurent la terreur sanglante et le cas du seigneur du Perreux, guillotiné en 1794, est exceptionnel. Au 19ème siècle, la création du chemin de fer (Paris-Juvisy par Vitry et-Choisy, 1849) favorisa la croissance industrielle, qui reprit de plus belle après les combats de 1870 (Bry, Champigny), parfois génératrice de troubles sociaux (émeutes de Villeneuve-Saint-Georges, 1908). Ceci au détriment des cultures : la vigne des bords de Seine ou de Marne, les céréales et betteraves du plateau de Brie, les champignonnières de Champigny et de Maisons-Alfort reculèrent peu à peu vers le sud-est et ont à peu près complètement disparu aujourd'hui. Le mouvement d'urbanisation s'accentua entre les deux guerres, accompagné, à Cachan et à Villejuif, de quelques timides tentatives d'aménagement. Après la Seconde Guerre mondiale, marquée par des scènes douloureuses à Fresnes, ce mouvement reprit de plus belle, favorise par une explosion démographique qui doubla la population de la région. La construction s'accompagna de rénovation, parfois brutale : Arcueil, Gentilly et d'autres communes perdirent ainsi leur vieux centre villageois pittoresque, qui témoignait de leur passé. En même temps, de nouveaux équipements furent réalisés, dont les trois plus importants sont sans doute le Marché de Rungis, venu enfin remplacer les Halles, l'extension et l'aménagement de l'aéroport d'Orly, qui modifia le paysage de tout un secteur, et la construction de l'autoroute A6. Le Département du Val-de-Marne, créé en 1964, doté de nouveaux pouvoirs en 1981, s'efforce d'harmoniser ces diverses composantes.

Géographie

La caractéristique principale est la présence de deux grandes voies d'eau, Seine et Marne, qui coulent paresseusement pour se rejoindre à Charenton (Conflans, confluent). Leur pente est tellement faible que le moindre obstacle les détourne, telle la butte de Joinville (53 m), qui provoque la boucle de la Marne. La Seine reçoit l'Yerres, grossie du Réveillon, et la Marne le Morbras, mais la Bièvre, qui coulait du sud au nord dans la partie ouest du département, est maintenant entièrement couverte. Le Val-de-Marne peut se diviser en zones géographiques verticales : alluvions et sables dans la vallée de la Bièvre, meulières et argile (briqueteries de Fresnes et de Chevilly) sur le plateau de Villejuif, alluvions et sables dans les bassins de la Seine et de la Marne, calcaires et bois dans la partie est. Le calcaire a suscité de nombreuses carrières (Champigny), les nappes de sable et de gravier sont exploitées sans discontinuer depuis le 19ème siècle et les zones alluviales ont été longtemps la providence des maraîchers. Si cette dernière culture a aujourd'hui beaucoup diminué, le département est encore le royaume des horticulteurs : plantes vertes à Ivry, lilas à Vitry, roses à Mandres, orchidées à Boissy-Saint-Léger. La desserte ferroviaire du département s'est développée de-façon spectaculaire ces dernières années. Il y a vingt ans, elle se réduisait, en dehors des grandes lignes, à la vétuste ligne de la Bastille, à de timides extrémités de lignes de métro desservant Vincennes, Charenton et Ivry, et à une partie, très marginale, de la ligne de Sceaux, intéressant Gentilly, Arcueil et Cachan. La transformation de la première en ligne A du R.E.R. a considérablement développé son équipement et son trafic, tandis que la construction d'une seconde branche permettait de desservir les communes de la vallée de la Marne. En. même temps, la S.N.C.F., réaménageant et modernisant d'anciennes installations, créait la ligne C du R.E.R., qui permettait aux habitants de Juvisy et de Choisy de se rendre directement au centre de Paris et au-delà, et améliorait en même temps la desserte de l'aéroport d'Orly. Par ailleurs, les travaux de prolongation de lignes de métro étaient activement poussés : la ligne 8 fut menée à Maisons-Alfort et à Créteil, la ligne 7 au Kremlin-Bicêtre et bientôt à Villejuif. Il est difficile de parler de nature dans un département presque entièrement urbanisé. Cependant, elle est encore présente par ses deux fleuves, dont les rives ont été souvent gâchées par l'industrie, mais qui restent ailleurs parfois lieux de détente : les guinguettes du tour de Marne n'ont pas toutes disparu et la terrasse de Chennevières offre toujours un panorama étendu, bien que très urbanisé. Et les bords du Morbras ou du Réveillon ont encore souvent du charme. On retrouve également la nature dans les bois de la partie Est : La Grange, Notre-Dame, que la collectivité s'efforce d'arracher à l'urbanisation et au saccage. Cette même nature se retrouve, disciplinée, humanisée, dans les parcs publics, qu'ils soient historiques (parcs de Grosbois, du Rancy à Bonneuil) ou de création récente (Choisy-le-Roi). Et la roseraie de l'Haÿ offre la nature sous sa forme la plus sophistiquée, mais combien séduisante.

Arts, activités et économie

Malgré les destructions, le département garde un certain nombre de monuments majeurs d'architecture : églises médiévales de Créteil, de Nogent et surtout de Vitry, cathédrale 17ème de Choisy; châteaux de Vincennes, exceptionnel exemple d'architecture militaire médiévale, d'Ormesson, de Grosbois, d'Orly, des Marmousets à La Queue-en-Brie. La sottise des hommes a fait disparaître au siècle dernier Choisy-le-Roi dont ne restent que les pavillons d'entrée, Bercy dont nous avons gardé les communs et, à une époque récente, Conflans, tandis que le beau château de Sucy-en-Brie était irrémédiablement défigure. L'architecture moderne s'est manifestée dès l'entre-deux guerres par des réalisations intéressantes : Centrale Arrighi de Vitry (1932), groupe scolaire Karl Marx de Villejuif, par A. Lurçat. Depuis, on peut noter l'église Saint-Paul-de-la-Vallée à l'Haÿ, la préfecture et la maison de la culture de Créteil, l'école ronde de Marolles et les aérogares d'Orly. C'est aussi un pays de peintres : Watteau aimait les bords de Marne à Nogent, où il est mort, Oudry a dessiné dans le parc d'Arcueil, Delacroix est né à Saint-Maurice et les bords de Marne ont inspiré Pissarro, Cézanne, Dunoyer de Segonzac et maints peintres d'aujourd'hui.

Val d'Oise

Nom du département

Val-d'Oise

Région

Ile-de-France

Superficie

1 253 km2

Point culminant

217 m aux Buttes de Rosne, près de Neuilly-en-Vexin.

Chef-lieu

Cergy. 3 arrondissements. 35 cantons, 185 communes.

Population

1 049 598 hab. (recensement 1990)

Histoire

C'est une région de peuplement très ancien : l'époque paléolithique s'y manifeste constamment par les silex taillés que l'on découvre dans les fouilles de chantiers, et l'époque néolithique surtout, par d'imposants monuments mégalithiques : la Pierre Turquaise en forêt de Carnelle, l'allée de la Justice à Argenteuil. Mais l'époque gallo-romaine a laissé des vestiges encore plus spectaculaires : traces d'une ancienne route, la chaussée Jules César, et surtout le sanctuaire de Genainville, dont les fouilles se poursuivent depuis trente ans, et ont donné naissance à l'important musée de Guiry. En revanche, une ville romaine connue par les textes, Petromentalum, est demeurée introuvable. La région se trouvait sur la route des premières invasions barbares et des peuplades s'y fixèrent suffisamment pour y imprimer leur nom, comme à Franconville. Et le nouvel ordre peu à peu établi vit s'y créer d'abord des résidences royales (Mérovingiens à Garges ou Luzarches), puis des châteaux fortifiés (Luzarches, Montmélian, La Roche-Guyon). Mais les premiers ouvrages de défense étaient en bois, insuffisants pour s'opposer contre un nouvel envahisseur, les Normands, qui pillèrent la région à plusieurs reprises jusqu'à ce que la paix fut conclue avec eux en 911, sur notre territoire, à Saint-Clair-sur-Epte. Implantation religieuse aussi, avec son culte des reliques (Tunique d'Argenteuil) et ses abbayes et prieurés : Le Val, Royaumont, Maubuisson, Argenteuil, célèbre par le séjour d'Héloïse. Certaines furent fondées par saint Louis, et Pontoise resta résidence royale jusqu'au 17ème siècle. Quant à l'illustre famille de Montmorency, elle joua durant trois siècles un rôle capital dans l'histoire du royaume. Ce qui constitue aujourd'hui le Val-d'Oise faisait sous l'ancien régime partie de la généralité d'Ile-de-France et de deux des pays qui la composaient : Vexin français à l'ouest et Pays de France à l'est. C'était une région agricole, où la vigne tenait une place importante : le vin d'Argenteuil était considéré comme un des meilleurs de France. Foires et marchés y étaient florissants et les Parisiens venaient en foule, sous Louis XV, à la foire de Bezons, célébrée par des chansons et pièces de théâtre. Région résidentielle aussi, où s'élevaient de nombreux châteaux (l'un d'eux abrita la retraite du maréchal de Catinat, grand soldat de Louis XV) et où l'on signale le passage de nombreux écrivains : Cyrano de Bergerac, Boileau, Bernardin de Saint-Pierre; l'abbé Prévost et surtout Jean-Jacques Rousseau, dont le double séjour à Montmorency, à l'Hermitage d'abord, au Mont-Louis ensuite, est capital dans sa vie et dans l'élaboration de son oeuvre. La seule ville importante de la région était Pontoise, gros marché, ville judiciaire où les rois exilaient parfois le Parlement quand il se montrait indocile. L'essor scientifique de la fin du 18ème siècle se manifesta par l'atterrissage des premiers ballons à Gonesse ou à Nesle-la-Vallée, tandis que Daguerre naissait à Cormeilles-en-Parisis. En 1789, les paroisses rédigèrent leurs cahiers de doléances, et celle de Bezons se distingua par son souci de développer l'enseignement "Il n'est rien de plus important pour un gouvernement que l'éducation de la jeunesse, c'est le seul moyen d'avoir des citoyens, des patriotes, des honnêtes gens, enfin". La Révolution fut calme dans la région, mais beaucoup de propriétés changèrent de mains, ce qui fut fatal à nombre de châteaux et d'abbayes. Mirabeau séjourna à Argenteuil presque jusqu'à sa mort, tandis que se développait la vogue des eaux sulfureuses d'Enghien, qui vont attirer dans cette nouvelle ville le vieux roi Louis XVIII et toute une nouvelle génération d'écrivains : Victor Hugo, Alexandre Dumas, Lamartine, Mme de Staël et Benjamin Constant, George Sand, Custine. Plus tard, d'autres beaux esprits seront les hôtes de la princesse Mathilde à Saint-Gratien. En même temps, la région se transformait, par suite de l'expansion ferroviaire et du développement industriel. Toute la région située entre la forêt de Montmorency et la Seine vit progressivement disparaître les cultures (vigne, asperge) au profit d'un habitat pavillonnaire et d'une implantation industrielle au long des fleuves. Evolution deux fois arrêtée par la guerre (les Allemands atteignirent Luzarches en 1914 et occupèrent toute la région en 1940) et deux fois reprise sur une grande échelle. C'est cette progression démographique, et un souci de meilleure administration qui entraînèrent, en 1964, la création des nouveaux départements d'Ile-de-France, et la réalisation, ici, de cette circonscription allongée comprenant à la fois des zones agricole (couvrant encore aujourd'hui la moitié du département), industrielle et tertiaire. Depuis, les élus du nouveau département se sont efforcés d'en affirmer la personnalité, tout en en préservant le site.

Géographie

Délimité à l'ouest par l'Epte et au sud par les hauteurs qui dominent la vallée de la Seine, le Val-d'Oise s'étend en longueur, et sa forme administrative récente correspond à l'orientation de ses couches géologiques. Il présente d'ailleurs une unité géographique indéniable. L'axe central du territoire est marqué, de part et d'autre de la vallée de l'Oise, par un grand synclinal, peut-être jadis occupé par la Marne, incliné en pente douce vers le sud-est et encadré d'une série de buttes témoins. Il se prolonge par la vallée de Montmorency, parallèlement à laquelle s'étend une autre dépression, au sud de la forêt de Carnelle. Dans le Vexin, le synclinal est marqué par la vallée de la Viosne, qui entaille profondément le plateau, lequel surplombe l'Oise de façon très marquée. L'orientation de ces reliefs et dépressions vers le sud-est, la présence, de tous temps, d'un gué à Pontoise, ont fait de la région un lieu de passage privilégié, emprunté par les tribus celtes et affirmé par les Romains (chaussée Jules César), les rois de France (actuelle N14), le 19ème siècle (voie ferrée), les temps actuels (autoroute A15). Plateau calcaire recouvert de craie, d'argile, de marnes, de limons, de loess, avec des buttes-témoins boisées, la région est un sol fertile, de tout temps consacré à la grande culture, céréalière et fourragère. Le paysage n'y change que lentement en allant d'est en ouest, depuis le pays de France et ses vastes champs jusqu'au Vexin, qui annonce la Normandie. "A partir de Triel, écrivait André Hallays, tout grandit, tout s'escarpe. Voici la falaise qui désormais dominera le fleuve jusqu'au Havre. Quand les nuages de tempête accourent du nord-ouest, on les dirait balayés par le vent du large, l'air prend une saveur maritime". Les couches dures (meulières, calcaire de Saint-Ouen, calcaire grossier) affleurent à la surface centrale des plateaux, au sommet des collines, au passage des rivières. Pierre facile à travailler et à creuser en habitations troglodytiques (Haute-Isle) elle a été longtemps exploitée, et l'est parfois encore. Le réseau hydrographique appartient au bassin nord de la Seine, avec deux affluents principaux, l'Oise et l'Epte, qui reçoivent eux-mêmes, suivant les lignes parallèles du relief, l'Esche, le Sausseron, la Viosne, l'Aubette de Magny. Ce paysage discrètement harmonieux fait l'objet d'une protection vigilante et tout le Vexin, notamment, a été inscrit à l'inventaire des sites, barrière nécessaire devant l'invasion démographique. En même temps, un gros, effort a été fait pour l'aménagement des forêts ou au moins de la partie de celles-ci appartenant à la collectivité. Couvrant, dans l'ensemble, 24 200 hectares, soit près de 20 % de la surface du département, elles se situent surtout dans la partie Est, où se trouvent l'es trois principales : celle de Montmorency (3 500 hectares) dont l'Etat possède le quart, celle de l'Isle-Adam (1 500 hectares), forêt domaniale où domine le chêne, celle de Carnelle, également propriété de l'Etat et où l'on trouve deux étangs, dont le lac Bleu. Mais le promeneur trouvera aussi agrément à parcourir les bois d'Ecouen, la forêt d'Orry qui est mitoyenne de celle de Chantilly ou les bois qui dominent, en Vexin, la courbe de la Seine. Il faut également se promener au long des rivières, souvent gâchées par les résidences secondaires mais qui, pour celui qui sait les découvrir, recèlent encore bien des charmes plus naturels que sauva es, 9 , par exemple le long des deux Aubette ou du Sausseron, qui a ses amis, et ses défenseurs.

Arts, activités et économie

Le département possède une prestigieuse série d'édifices, s'étageant sur dix siècles. Même l'époque romane, souvent pauvre en Ile-de-France, y a laissé des vestiges notables : la nef et les bas-côtés de Deuil, avec leurs curieux chapiteaux historiés,.les chevets très équilibrés de Luzarches et de Moussy, la façade de la grande église de Chars, les portails de Louvres, d'Haravilliers, de Lierville, orné de bâtons brisés. Puis c'est l'essor de l'architecture gothique, où la croisée d'ogives montre son élégance et sa force à la Villetertre, à Herblay, dominée par une belle tour-lanterne, à Bea umont-sur- Oise, à Vétheuil (choeur), à Gonesse, jalons d'une évolution qui culmine à Chars (choeur), Taverny, Marly-la-Ville ou au clocher de Bessancourt. Et ce temps nous a laissé aussi, dans le même département, des abbayes célèbres, au Val, à Maubuisson, à Royaumont, à côté desquelles il faut citer la curieuse grange cistercienne de Vollerand. Epoque d'assistance, aussi, avec l'hôtel-Dieu de Gonesse, et de guerre, avec le château de laChasse qui se cache au creux, de là forêt de Montmorency. Au 15ème, le gothique se fait plus orné, plus chargé dans sa structure et son décor (choeur de l'église d'Herblay, avec ses vitraux; nef et bas-côté nord de Cléry) et ces formules flamboyantes se poursuivent en plein 16ème, peu à peu envahies et dominées par le nouveau répertoire de la Renaissance. A Louvres, à l'Isle-Adam, à Magny-en-Vexin, à Vétheuil, le mélange est encore apparent, mais les nouvelles formules ne tardent pas à triompher à Villiers-le-Bel, au choeur de Maffliers, au Mesnil-Aubry, à Attainville, au portail de Belloy-en-France, de Cergy, de Luzarches, de Magny-en-Vexin, aux tours de Chars, de Nucourt, de Beaumont-sur-Oise. 'uvres exprimant avec un tel bonheur les principes de création de l'époque que l'on a voulu attribuer certaines à des architectes prestigieux, Delorme, Bullant, Grappin, à côté d'un constructeur régional bien réel, Nicolas de Saint-Michel. Et nous avons encore, pour cette époque de la Renaissance, un pont, à l'Isle-Adam, des halles, à Luzarches, des manoirs fortifiés (Nesle-la-Vallée), des hôtels urbains (Pontoise) et un édifice majeur, symbole de l'époque, le château d'Ecouen. Le grand mouvement de construction religieuse se ralentit beaucoup au 17ème, et l'on ne peut guère citer que la ravissante chapelle octogonale de Marines, oeuvre de Lemercier, et l'église troglodytique de I'Haute-Isle, curiosité plus que construction architecturale. Mais c'est le temps des châteaux : Méry-sur-Oise (en partie), Guiry, Villette. A propos des deux derniers, on a prononcé le nom de J.H. Mansart, et ils en sont dignes. Le séduisant 18ème siècle a parsemé l'actuel département de tous les types d'édifices auquel s'est intéressé cette époque dynamique et multiforme : bâtiment abbatial à Hérivaux, châteaux à Champlâtreux, Méry (en partie), Viarmes, communs qui sont des palais à La Roche-Guyon ou à Montgeroult, folie à Saint-Brice, pavillon chinois à l'Isle-Adam. Et la région possède même un de nos rares édifices d'époque révolutionnaire, le temple maçonnique d'Epône dont, semble-t-il, le peintre David, donna les plans. Et un siècle suffira pour passer de l'individuel au collectif : aux étonnants châteaux déclamatoires et surchargés de Vigny et d'Us, exprimant les rêves de pierre de quelque disciple de Viollet-le-Duc, ont succédé cent ans plus tard la ville nouvelle de Cergy, la préfecture d'Henry Bernard, l'aéroport de Roissy : nouvelles fonctions qui engendrent une nouvelle beauté. La sculpture, en Val-d'Oise, se trouve dans les musées d'archéologie (Guiry), sur les places (Croix d'Omerville) et surtout aux portails, ou à l'intérieur des églises : tympans (Le Heaulme), mises au tombeau (Pontoise), retables d'autel (Taverny, Nucourt, Haute-Isle), fonts baptismaux (Magny-en-Vexin), stalles de choeur (Presles). Mais elle a su aussi depuis longtemps acquérir sa pleine indépendance et c'est elle qui, grâce à Zadkine, célèbre à Auvers le souvenir de Van Gogh. Car le Val-d'Oise est peut-être avant tout un pays de peintres, dont le palmarès est prestigieux. Daubigny a travaillé sur les bords de l'Oise, Dupré à l'Isle-Adam, tous les impressionnistes à Argenteuil, Monet à Vétheuil, Pissaro à Pontoise, Cézanne et Van Gogh à Auvers, Utrillo à Sannois. Et ce n'est pas fini.

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